Bonne fête mamie

Bonne fête mamie.

Aujourd’hui, c’est la fête des grands-mères ! On est sensés appeler nos mamies et leur dire qu’on les aime, qu’elles sont importantes pour nous. Pour cette occasion mamita, je veux juste t’écrire ces quelques mots.

Je t’aime et tu es importante pour moi. 

Tu as toujours été là, toute ma vie. Tu m’as suivie avec tes conseils, tes remontrances, tes questions, et surtout avec ton amour. Quand je pense à mon enfance, les souvenirs les plus doux sont ceux que je partage avec toi, dans le sud, et avec les cousins.

Je me souviens des après-midi passées avec mon cousin sur votre grosse table en bois, gribouillant des plans, dessinant des bonhommes-bâtons. Je me souviens de tes pochoirs-transferts en forme de fleurs, que je mettais sur tous mes dessins. Je me souviens de cette même table, où je dessinais mes premières BD, et que tu me jetais des coups d’œil de temps en temps, pensive, un peu perplexe, peut-être. J’ai élaboré certaines de mes premières histoires sur ce plateau en bois vernis, et tu en as été la première témoin.

Je me souviens de la musique, également. Le vinyle de Becassine que j’écoutais dès que je venais chez toi, au moins une fois. C’était notre rituel, tu t’en souviens ? J’arrivais chez toi, je posais mes affaires, et je te demandais :

« Il est où le vinyle de Becassine ? » 
« Tu vas encore écouter ça ? Tu sais que tu as vingt ans ?! »
« Mais oui mamita, mais oui. Il est où ? »

Et tu riais, tu riais. Et moi aussi. Et je chantais Becassine et je me mettais à tourner dans votre salon, et tu partais cuisiner ou faire tes mots-croisés, me laissant déguster cette part d’enfance à laquelle j’ai toujours besoin de me raccrocher. Je me souviens des Opéras, que tu écoutais à fond dans notre salon, et qu’on était obligés de subir, mon frère et moi. Ces Opéras que je me suis mise à aimer depuis. Je me souviens de Notre-Dame de Paris, un autre rituel, que j’écoutais constamment, seule ou avec mes cousines. Et tu dois en connaître les chansons aussi  bien que moi maintenant.  Je me souviens de ces vidéos qu’on tournait avec mes cousines, ces playbacks et ces chorégraphies qu’on enregistrait, et toi qui nous regardait en secouant la tête, amusée.

Mais je me souviens aussi de toi et Papy, vos disputes et vos sourires. Comment tu le reprenais lorsqu’il prenait trop d’alcool, trop de pommes de terre, trop de n’importe quoi, et qu’il t’appelait Suzon. Comment vous vous aimiez, après tout ce temps passé ensemble, et comment c’était devenu comme un jeu de se plaindre l’un de l’autre. Comment tu as été triste lorsqu’il est parti, mais comment aussi tu t’es relevée et que tu as continué à te battre, avec la moitié de ton cœur manquant.

Tu es une de personnes qui m’a le plus soutenue dans ma vie. Dans mes projets un peu fous, lorsque j’ai eu des problèmes, lorsque j’ai été triste. Tu m’as demandé des nouvelles de mes bandes-dessinées, tu as assisté à l’écriture de ma nouvelle, comme un pilier bienveillant au-dessus de ma tête. Tu m’as dit que je pouvais ramener une fille ou un garçon chez toi, que tu t’en fichais. Tu ne m’as jamais dit que tu étais déçue par moi – sauf quand je n’aidais pas papa à ranger la maison – et ça m’a permis de grandir un peu plus sereinement.  Tu tentes de nous protéger de ton mieux, comme tu protèges papa, de manière parfois un peu maladroite, mais aimante, toujours.

Bien sûr que tu n’es pas parfaite. Tu es un peu une chieuse parfois, mamita. Tu veux que les choses aillent dans ton sens, et tu es très têtue. Tu fais de grosses erreurs que tu regrettes amèrement, et que tu ne sais pas rectifier. Mais toutes ces choses-là, mamie, ce sont des choses que j’ai héritées de toi, que je retrouve en moi. Ça nous rapproche. Ça me fait t’aimer encore plus.

– ❤ –

Mamie, quand je pense à toi, ce sont toutes ces choses qui remontent. Tu représentes mon enfance, ma jolie enfance, celle dont j’ai envie de me souvenir.

Mon idée de toi a le goût de la glace à la banane, des sushis et des roses des sables, elle a la voix de Bruno Pelletier et elle est douce comme une table en bois vernie. Elle sent le soleil et le savon de Marseille, le plastique brûlant et la pierre froide. Elle est jaune comme votre maison et les vieilles boîtes de Banania, pleine de vie, de rires, et de murmures agacés. Elle bruisse comme le vent dans les feuilles. Elle répète « Eh? » sans arrêt, parce qu’elle n’entend plus très bien. Elle a l’apparence du professeur Tournesol.

Mamita, à l’occasion de cette fête des grand-mères, je voulais t’écrire. Parce que tu es ma seule et unique grand-mère, et que tu m’as aidée à devenir la jeune femme que je suis, et que tu vas continuer à m’aider à devenir meilleure. Parce que je voulais te remercier pour toutes ces années où tu as veillé sur moi, sur nous, où tu es venue chez papa quelques jours, où tu nous as accueilli dans votre maison, où tu m’as emmenée à mes spectacles de maternelle ou que tu as repassé mes vêtements pour mon bal du lycée. Je voulais te remercier de nous avoir répété, depuis des années, à quel point on a de la chance d’avoir un papa comme le nôtre. Je voulais te remercier pour les regards, les câlins, les repas, les rires, les pleurs, les mots-croisés, les fous-rires, les incompréhensions, les conflits, les remarques, les souvenirs chauds.

Mamita, je t’écris aussi parce que j’aurais beau composer ton numéro, tu ne répondras pas. C’est la deuxième fête des grands-mères que je passe sans toi, et celle-ci, étrangement, est plus dure que la première. Tu as eu le temps de me manquer. J’ai eu le temps de comprendre et d’intégrer le fait que tu ne m’appelleras plus. Que tu ne seras pas présente à ma remise de diplôme, ni à mon mariage, que tu ne verras pas mes enfants. Que tu es partie pour toujours, ailleurs, peut-être avec Papi, peut-être pas (tu sais bien que je n’en sais rien), sans avoir eu le temps de régler tout ce que tu aurais pu régler. Je t’écris parce que je ne suis pas sûre de t’avoir vraiment dit à quel point je t’aimais, à quel point tu étais importante pour moi.

Mamita, je t’aime et tu es importante pour moi.

Merci. 

Mamie

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